Dans le BTP, les retards de paiement ne sont pas une exception — c'est quasiment la norme. 47% des factures du bâtiment sont réglées avec plus de 30 jours de retard. Et pourtant, la loi est claire : des délais maximum existent, et les dépasser a des conséquences financières pour votre client.

Le problème, c'est que la plupart des artisans ne connaissent pas leurs droits. Ils acceptent des délais de 60, 90, parfois 120 jours sans savoir que c'est illégal. Ils ne facturent pas les pénalités de retard. Ils ne réclament pas l'indemnité forfaitaire de 40 € qui leur est due automatiquement.

Ce guide vous explique exactement ce que dit la loi LME (Loi de Modernisation de l'Économie), quels sont vos droits, comment les appliquer, et comment éviter de vous retrouver dans cette situation en premier lieu.

Ce que dit la loi LME sur les délais de paiement

La loi LME du 4 août 2008, renforcée par la loi Sapin II de 2016, encadre strictement les délais de paiement entre professionnels. Voici les règles que tout artisan BTP doit connaître.

Règle n°1 — Le délai par défaut

Le délai de paiement est de 30 jours à compter de la date de réception de la facture. C'est la règle par défaut si rien d'autre n'est prévu dans le contrat ou le devis.

Règle n°2 — Le maximum contractuel

Les parties peuvent convenir d'un délai plus long, mais plafonné à 60 jours nets à compter de la date d'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois. Au-delà, c'est illégal — même si le client vous fait signer un contrat avec un délai de 90 jours.

Règle n°3 — Le cas particulier des particuliers

Avec un client particulier (B2C), la loi LME ne s'applique pas directement. Mais les conditions de paiement que vous indiquez dans votre devis font foi. Si votre devis prévoit un paiement sous 15 jours, c'est contractuel — votre client est tenu de respecter ce délai.

Concrètement, si vous émettez une facture le 1er mars avec un délai de 30 jours, le paiement doit arriver au plus tard le 31 mars. Le 1er avril, votre client est en retard — et les pénalités s'appliquent automatiquement.

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Les pénalités de retard : combien ça rapporte (et comment les appliquer)

Dès le premier jour de retard, des pénalités courent automatiquement, sans qu'il soit nécessaire d'envoyer un rappel (article L441-10 du Code de commerce). En pratique, vous devez quand même les réclamer — mais légalement, elles sont dues de plein droit.

Le taux applicable

Le taux des pénalités de retard est soit prévu dans vos CGV (conditions générales de vente) et mentionné sur la facture, soit le taux légal par défaut. Le taux légal minimum est 3 fois le taux d'intérêt légal de la Banque de France, soit environ 12% à 15% annuel en 2026.

Vous pouvez fixer un taux supérieur dans vos CGV (jusqu'à la limite de l'usure). Beaucoup d'artisans indiquent le taux de la BCE majoré de 10 points, ce qui donne un taux dissuasif mais parfaitement légal.

Le calcul concret

Prenons un exemple. Votre facture de 5 000 € TTC est en retard de 30 jours. Avec un taux de pénalité de 12% annuel :

Pénalité = 5 000 € × (12% ÷ 365) × 30 jours = 49,32 €

Ça paraît faible. Mais ajoutez l'indemnité forfaitaire de 40 €, et le total monte à 89,32 €. Multipliez par 5 factures en retard sur l'année, et on parle de 450 € récupérables. Sur une activité de 150 000 €/an, c'est de l'argent qui vous revient de droit et que vous ne réclamez probablement pas.

Pour le détail du calcul et les exemples par montant, consultez notre article dédié Pénalités de retard facture BTP : calcul et application.

L'indemnité forfaitaire de 40 € : l'arme méconnue des artisans

En plus des pénalités de retard, tout professionnel en retard de paiement doit vous verser une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 € par facture impayée (article D441-5 du Code de commerce).

Cette indemnité est due automatiquement, dès le premier jour de retard, sans mise en demeure préalable. Elle s'ajoute aux pénalités de retard et n'est pas soumise à TVA.

Ce que peu d'artisans savent

L'indemnité de 40 € est par facture, pas par client. Si un même client a 3 factures en retard, vous pouvez réclamer 3 × 40 € = 120 €. Sur un an, avec des retards récurrents, ça s'accumule.

De plus, si vos frais de recouvrement réels dépassent 40 € (par exemple, si vous avez engagé un huissier ou un avocat), vous pouvez réclamer le complément. L'indemnité de 40 € est un minimum, pas un plafond.

Benjamin, chauffagiste à Grenoble, a commencé à mentionner systématiquement les 40 € dans ses relances de factures impayées. Résultat : ses clients professionnels (syndics, promoteurs) ont réduit leur délai de paiement moyen de 52 jours à 28 jours en 3 mois. La simple mention de la pénalité a suffi à changer leur comportement.

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Les recours quand un client abuse des délais

Signaler à la DGCCRF

La Direction Générale de la Concurrence (DGCCRF) contrôle le respect des délais de paiement et peut infliger des amendes administratives allant jusqu'à 2 millions d'euros pour les personnes morales. Vous pouvez signaler un abus sur le site signal.conso.gouv.fr.

En pratique, cette option est surtout utile face aux gros donneurs d'ordre (promoteurs, syndics, entreprises générales) qui imposent systématiquement des délais illégaux aux artisans sous-traitants.

Saisir le Médiateur des entreprises

Pour les litiges entre professionnels, le Médiateur des entreprises intervient gratuitement et obtient un accord dans 70% des cas. C'est souvent la meilleure option quand le client n'est pas de mauvaise foi mais abuse simplement du rapport de force.

Lancer une injonction de payer

Si le client ne conteste pas la facture, l'injonction de payer est rapide et peu coûteuse (30 à 40 € de frais de greffe). Pour la procédure détaillée, consultez notre guide Facture impayée artisan : procédure de recouvrement complète.

Les sous-traitants BTP : une protection renforcée

Si vous êtes sous-traitant (vous travaillez pour une entreprise générale, pas directement pour le maître d'ouvrage), vous bénéficiez de protections supplémentaires.

La loi du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance prévoit l'action directe : si l'entreprise générale ne vous paie pas, vous pouvez demander le paiement directement au maître d'ouvrage (le client final). C'est un recours puissant que beaucoup de sous-traitants ignorent.

Conditions : votre contrat de sous-traitance doit avoir été accepté et agréé par le maître d'ouvrage. Sans cet agrément, l'action directe n'est pas possible — d'où l'importance de toujours formaliser votre sous-traitance.

De plus, l'entreprise principale est tenue de vous fournir une caution ou une délégation de paiement pour garantir le règlement de vos travaux. Si elle ne le fait pas, la sous-traitance est irrégulière et vous avez des recours supplémentaires.

Ce que vous devez faire dès maintenant

Connaître vos droits est une chose. Les appliquer au quotidien en est une autre. Voici les 4 actions concrètes à mettre en place :

1. Ajoutez les mentions légales sur tous vos devis et factures. Délai de paiement, taux de pénalité, mention de l'indemnité forfaitaire de 40 €. C'est obligatoire (article L441-9 du Code de commerce) et ça vous protège en cas de litige.

2. Relancez dès le premier jour de retard. Ne normalisez pas le retard. Un email courtois mais ferme à J+1, un SMS à J+3, et un rappel des pénalités à J+14 suffisent à régler 70% des situations.

3. Facturez réellement les pénalités. Les mentionner ne suffit pas — il faut les réclamer. La plupart des clients paient immédiatement quand ils reçoivent une relance qui chiffre les pénalités cumulées.

4. Demandez des acomptes. Un acompte de 30% encaissé à la signature réduit votre exposition et sécurise votre trésorerie dès le démarrage du chantier.

Pour une approche complète face à un client qui refuse de payer, consultez notre guide Client qui ne paie pas : que faire étape par étape.

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